09 mars 2010
Menace sur le compromis belge ?
La nomination d’André-Joseph Léonard à la tête de l’Eglise catholique de Belgique a provoqué une tempête médiatique assez révélatrice à bien des égards. Cette tempête s’étant quelque peu calmée, pour les laïques musulmans que nous sommes, quels constats faut-il faire, quelles leçons faut-il tirer de cet épisode ?
Cette nomination est certes un événement important pour la communauté catholique de notre pays, mais uniquement pour celle-ci. Au-delà, il s’agit d’un non-événement.
Qu’on se le dise : comme tout citoyen, le primat de Belgique a parfaitement le droit d’avoir et d’exprimer une opinion sur quelque sujet de société que ce soit.
En revanche, les commentaires de certains représentants du monde politique sont malvenus et représentent, eux, une menace sur la neutralité de l’Etat et une violation du principe de séparation du religieux et du politique.
A cet égard, la palme revient à la ministre fédérale Laurette Onkelinx qui a déclaré : « Les positions conservatrices de l’évêque André-Mutien Léonard pourraient remettre en cause le compromis belge qui se fonde sur le principe de neutralité. Je pourrais dire que cela ne concerne que les catholiques et qu’il y a chez nous une séparation entre l’Eglise et l’Etat. Mais nous ne vivons pas comme en France dans un pays laïc, mais dans un pays neutre qui a réussi à mettre en place un dialogue avec les laïcs et les représentants des différentes confessions pour un vivre-ensemble qui se passe de manière tout à fait harmonieuse. Monseigneur Léonard a souvent remis en question des décisions prises par le parlement et a des positions éthiques qui posent problème, notamment son opposition à l’avortement et à l’euthanasie. »
Le principe de séparation fonctionne dans les deux sens : s’il est vrai qu’une autorité religieuse n’a pas à s’ingérer dans l’action d’une autorité publique, il est tout aussi vrai que cette dernière n’a pas à s’ingérer dans le fonctionnement d’une autorité religieuse.
La ministre n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai en matière de violation de ce principe. Ce fut déjà le cas durant sa désastreuse gestion du dossier de l’institutionnalisation de l’islam, en 2004, lorsqu’elle était ministre de la Justice en charge des cultes. Encore récemment, elle a signé – en compagnie de sa collègue Sabine Laruelle – un manuel de l’AFSCA concernant la fête du Sacrifice, dont le passage suivant est révélateur : « Le sacrifice ne fait pas partie des 5 piliers de l’Islam, et il est plus considéré comme une tradition que comme une obligation coranique. Par conséquent, des solutions alternatives au sacrifice sont possibles telles que le don ou l’offrande. » Nous n’avons pas manqué de le signaler dans une chronique laïque intitulée « AFSCA : fatwa made in Belgium », et ce dans l’indifférence générale, y compris dans le chef de ceux qui ne cessent de se présenter comme les défenseurs de la laïcité.
Cet épisode a bel et bien montré que la neutralité de l’Etat est un principe qu’il faut continuellement réaffirmer et que, si menace il y a, celle-ci n’est pas nécessairement le fait de ceux que l’on soupçonne de prime abord.
Enfin, le principe de séparation, ce n’est pas seulement la séparation de l’Eglise catholique et de l’Etat, mais plus précisément la séparation de toutes les religions et convictions philosophiques et de l’Etat.
Pour le think tank Vigilance musulmane :
Abdelghani Ben Moussa
Mehmet Saygin
[Ce texte a fait l'objet d'une publication dans les colonnes de La Libre Belgique, édition du 9 mars 2010, p. 55, ainsi que d'une parution sur lalibre.be à l'adresse http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/567766/menace-sur-le-compromis-belge.html. Il est par ailleurs disponible sur le site chroniquelaique.be à l'adresse http://chroniquelaique.wordpress.com/2010/02/22/menace-sur-le-compromis-belge/.]
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