02 décembre 2009

Non aux minarets, oui aux musulmans... invisibles

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Avec 57,5 % de suffrages favorables, le résultat du référendum en Suisse sur l'inscription à l’article 72 de la Constitution de l'interdiction de la construction future de minarets constitue une onde de choc dont les effets dévastateurs ne font que s’amorcer.

Le résultat n’est, en réalité, nullement surprenant. A l’initiative de ce référendum, le parti xénophobe étiqueté de droite populiste UDC – qui n'en est pas à son premier dérapage, en témoigne sa campagne mettant en scène un mouton noir jeté hors des frontières helvétiques lors du débat sur la nationalité suisse – a mené une campagne qui a réuni toute la panoplie des outils de diabolisation massive qui font depuis plusieurs années recette dans la stigmatisation des citoyens de confession musulmane. L’affiche emblématique de la campagne en témoigne : une femme en niqab et une pluie de minarets dessinés comme des missiles couvrant le drapeau suisse, tout un symbole pour un pays de tradition neutre pacifiste.

D’ailleurs, cette affiche est la démonstration de la volonté assumée et revendiquée des initiateurs et thuriféraires de ce référendum : il ne s’agit pas du tout de « seulement » interdire la construction de minarets ; il est aussi et surtout question de protéger la Suisse de l'envahisseur – l’ère du temps voulant que ce soit le citoyen de confession musulmane – qui menacerait ses « traditions » et ses « valeurs ». Rappelons qu'il n'y a que 4 minarets sur l'ensemble du territoire helvétique, c'est dire l’ampleur de la menace !

La tenue d'un tel référendum est une grave dérive. En effet, si un référendum peut avoir un effet revigorant pour la démocratie, il n’a nullement vocation à être instrumentalisé pour remettre en cause des droits fondamentaux. Or, c’est très exactement la nature de la situation présente. Le référendum suisse, au-delà de la question des minarets, a concerné la liberté religieuse, droit parmi les plus fondamentaux pour tous les pays signataires de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Si l’on accepte ce procédé, alors plus rien ne s’oppose par exemple à ce que l’on fasse de même pour le droit à la vie en soumettant à référendum la question de la peine de mort, pour le droit à la liberté ontologique en soumettant à référendum la question du rétablissement de l’esclavage. En poussant un peu plus cette logique absurde, plus rien ne s’oppose par ailleurs à ce que l’on soumette à référendum la question du remplacement de la démocratie par la dictature.

Nos sociétés européennes, mais pas seulement, ont payé et fait payer un lourd tribut pour que des droits fondamentaux – dont la liberté d'exercer le culte, tant en public qu'en privé – soient acquis  pour tous. Et les droits de l'Homme ne sont pas un « produit » que l’on destine uniquement à l'exportation ; il est prioritaire qu'ils soient d'abord respectés chez nous.

Chez nous aussi ? Absolument. En Belgique, nous n’avons pas attendu ce happening helvétique pour expérimenter divers problèmes concernant l’érection de minarets. Ainsi, un recours est pendant près le Conseil d’Etat contre le refus des autorités régionales wallonnes de confirmer un permis d’urbanisme accordé par la commune de Bastogne avant que cette dernière ne se rétracte à la suite d'une campagne de protestations xénophobe.

Dans ce débat, il n'est pas inutile de rappeler également que, sous réserve du respect des règlementations en matière urbanistique, qui s'appliquent aussi aux mosquées, nul pouvoir politique ou organe public n'est habilité à définir ce qui est nécessaire ou pas pour la pratique du culte musulman, en vertu du principe de séparation Eglises/Etat.

Ce qui vient de se produire en Suisse renseigne sur la forte montée des sentiments xénophobes, particulièrement à l'égard des musulmans. Aussi, il devient urgent que les politiques de lutte contre les discriminations dépassent le stade des slogans et des déclarations.

Les Verts suisses ayant déclaré leur intention d'introduire un recours, il est fort probable que le résultat de ce référendum ne résistera pas à une analyse de conformité devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Espérons qu’il en sera ainsi et que nos valeurs démocratiques seront réaffirmées.

Mehmet SAYGIN
Juriste
Membre du think tank Vigilance musulmane


[Ce texte a fait l'objet d'une publication dans les colonnes de La Libre Belgique, édition du 1er décembre 2009, p. 55, ainsi que d'une parution sur lalibre.be à l'adresse http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/546410/discrimination-des-musulmans.html.]

11 mai 2009

Pour un code de bonne conduite en matière de respect de la sérénité des espaces religieux

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Vu la politisation croissante dont font l’objet les lieux de culte depuis quelques années, se traduisant par exemple par :

-    la présence physique de mandataires politiques dans les mosquées durant le grand rassemblement de la prière du vendredi ou à l’occasion de cérémonies religieuses afin d’adresser un message au groupe de fidèles opportunément réunis ;

-    l’instrumentalisation des responsables et personnels de mosquées et églises en vue d’organiser une propagande indirecte à destination des fidèles durant les rassemblements ;

-    l’utilisation des murs des édifices religieux comme supports pour le placardage d’affiches électorales ;

-    la distribution de tracts électoraux à la sortie et dans les environs immédiats des mosquées et églises.

Vu le caractère incompatible de ces pratiques avec le principe constitutionnel de séparation du religieux et du politique et la nécessaire quiétude qui doit avoir cours dans les lieux de culte, dont la visée est le recueillement spirituel.


Nous souhaitons à travers le présent texte :


•    réaffirmer le principe constitutionnel de séparation du religieux et du politique ;

•    exhorter les instances décisionnelles des partis politiques à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le respect de ce principe ;

•    interpeller les formations politiques sur la non-conformité à ce principe de la présence sur les listes électorales de responsables de lieux de culte, pratique manifestement contraire à l’esprit de l’article 7, §3, de l’Ordonnance bruxelloise du 29 juin 2006 relative à l’organisation et au fonctionnement du culte islamique ;

•    lancer un appel aux responsables des lieux de culte pour qu’ils prennent toutes les mesures nécessaires à la préservation de la sérénité et de l’esprit de fraternité qui sont indispensables au bon déroulement des activités cultuelles ;

•    inviter les candidat(e)s et mandataires à respecter la quiétude des lieux de culte et de leurs environs immédiats durant les moments de rassemblement des fidèles, en évitant toute forme de propagande, écrite ou verbale, directe ou indirecte.


Bruxelles, le 7 mai 2009.

Vigilance musulmane

www.vigilancemusulmane.be
info@vigilancemusulmane.be

 

[Cet appel a fait l'objet d'une couverture médiatique tant sur lesoir.be à l'adresse http://www.lesoir.be/actualite/belgique/bannir-la-campagne-des-2009-05-10-705631.shtml que dans l'édition du quotidien Le Soir du lundi 11 mai 2009, page 6.]