02 mars 2010
Couverture très sélective des attentats terroristes
Il y a quelques jours, alors que je consultais le très appréciable site d’information/réflexion Oumma.com, je suis tombé sur une information « scotchante » à plusieurs niveaux.
Au niveau du fond. Europol, l’office de police criminelle de l’Union européenne, qui est notamment chargé de faciliter l’échange de renseignements entre polices nationales, a publié un rapport circonstancié et choc (attention, en anglais). Ce rapport, puissamment objectivé pas quantité d’études chiffrées et de statistiques, conclut que 99,6 % des attentats terroristes commis en Europe sont le fait de groupes non-musulmans (ou ne se revendiquant pas de la religion islamique, pour être plus précis).
Au niveau de la forme. Le rapport proprement dit, de même que les informations détaillées qu’il contient, je ne les ai pas trouvés sur le site Oumma.com, mais, après une recherche fastidieuse, sur le site d’Europol. Quelle importance ? Tout simplement, je considère que n’importe quel site se voulant sérieux, comme ici Oumma.com, qui livre en l’occurrence une information aussi précieuse que celle-là, doit également livrer les outils de compréhension, de vérification et d’utilisation de cette information. En effet, ce n’est pas la première fois que j’aurais été désabusé d’apprendre, par la suite, que ce rapport n’existe pas ou que les résultats relayés sont (grossièrement) inexacts, bref qu’il s’agit en réalité d’une intox. Dans le maniement de telles données, la rigueur doit être de mise.
Au niveau de la couverture médiatique. D’une part, je suis moi-même surpris du caractère à ce point négligeable de la proportion d’attentats commis par des groupes se revendiquant de la religion islamique. C’est dire si le systématisme avec lequel les médias « mainstream » inoculent la perception que seuls ces groupes-là commettent de tels actes pénètre, fût-ce de façon très subtile, jusqu’à l’inconscient de personnes convaincues par principe et avec résolution du contraire. D’autre part, je considère que l’absence quasi-totale (voire totale tout court) de couverture de ce rapport par ces mêmes médias constitue une omission particulièrement criminogène. Et je pèse mes mots.
Quoi qu’il en soit, à l’heure où la circulation de l’information se démocratise ou n’est à tout le moins plus soumise au bon vouloir de ces toujours mêmes médias, je ne peux que conseiller la diffusion la plus large possible des résultats de ce rapport.
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02 décembre 2009
Non aux minarets, oui aux musulmans... invisibles
Avec 57,5 % de suffrages favorables, le résultat du référendum en Suisse sur l'inscription à l’article 72 de la Constitution de l'interdiction de la construction future de minarets constitue une onde de choc dont les effets dévastateurs ne font que s’amorcer.
Le résultat n’est, en réalité, nullement surprenant. A l’initiative de ce référendum, le parti xénophobe étiqueté de droite populiste UDC – qui n'en est pas à son premier dérapage, en témoigne sa campagne mettant en scène un mouton noir jeté hors des frontières helvétiques lors du débat sur la nationalité suisse – a mené une campagne qui a réuni toute la panoplie des outils de diabolisation massive qui font depuis plusieurs années recette dans la stigmatisation des citoyens de confession musulmane. L’affiche emblématique de la campagne en témoigne : une femme en niqab et une pluie de minarets dessinés comme des missiles couvrant le drapeau suisse, tout un symbole pour un pays de tradition neutre pacifiste.
D’ailleurs, cette affiche est la démonstration de la volonté assumée et revendiquée des initiateurs et thuriféraires de ce référendum : il ne s’agit pas du tout de « seulement » interdire la construction de minarets ; il est aussi et surtout question de protéger la Suisse de l'envahisseur – l’ère du temps voulant que ce soit le citoyen de confession musulmane – qui menacerait ses « traditions » et ses « valeurs ». Rappelons qu'il n'y a que 4 minarets sur l'ensemble du territoire helvétique, c'est dire l’ampleur de la menace !
La tenue d'un tel référendum est une grave dérive. En effet, si un référendum peut avoir un effet revigorant pour la démocratie, il n’a nullement vocation à être instrumentalisé pour remettre en cause des droits fondamentaux. Or, c’est très exactement la nature de la situation présente. Le référendum suisse, au-delà de la question des minarets, a concerné la liberté religieuse, droit parmi les plus fondamentaux pour tous les pays signataires de la Convention européenne des droits de l’Homme.
Si l’on accepte ce procédé, alors plus rien ne s’oppose par exemple à ce que l’on fasse de même pour le droit à la vie en soumettant à référendum la question de la peine de mort, pour le droit à la liberté ontologique en soumettant à référendum la question du rétablissement de l’esclavage. En poussant un peu plus cette logique absurde, plus rien ne s’oppose par ailleurs à ce que l’on soumette à référendum la question du remplacement de la démocratie par la dictature.
Nos sociétés européennes, mais pas seulement, ont payé et fait payer un lourd tribut pour que des droits fondamentaux – dont la liberté d'exercer le culte, tant en public qu'en privé – soient acquis pour tous. Et les droits de l'Homme ne sont pas un « produit » que l’on destine uniquement à l'exportation ; il est prioritaire qu'ils soient d'abord respectés chez nous.
Chez nous aussi ? Absolument. En Belgique, nous n’avons pas attendu ce happening helvétique pour expérimenter divers problèmes concernant l’érection de minarets. Ainsi, un recours est pendant près le Conseil d’Etat contre le refus des autorités régionales wallonnes de confirmer un permis d’urbanisme accordé par la commune de Bastogne avant que cette dernière ne se rétracte à la suite d'une campagne de protestations xénophobe.
Dans ce débat, il n'est pas inutile de rappeler également que, sous réserve du respect des règlementations en matière urbanistique, qui s'appliquent aussi aux mosquées, nul pouvoir politique ou organe public n'est habilité à définir ce qui est nécessaire ou pas pour la pratique du culte musulman, en vertu du principe de séparation Eglises/Etat.
Ce qui vient de se produire en Suisse renseigne sur la forte montée des sentiments xénophobes, particulièrement à l'égard des musulmans. Aussi, il devient urgent que les politiques de lutte contre les discriminations dépassent le stade des slogans et des déclarations.
Les Verts suisses ayant déclaré leur intention d'introduire un recours, il est fort probable que le résultat de ce référendum ne résistera pas à une analyse de conformité devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Espérons qu’il en sera ainsi et que nos valeurs démocratiques seront réaffirmées.
Mehmet SAYGIN
Juriste
Membre du think tank Vigilance musulmane
[Ce texte a fait l'objet d'une publication dans les colonnes de La Libre Belgique, édition du 1er décembre 2009, p. 55, ainsi que d'une parution sur lalibre.be à l'adresse http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/546410/discrimination-des-musulmans.html.]
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28 avril 2007
Démocratie turque maltraitée
C'est un citoyen en colère qui s'exprime.
Un citoyen qui aime la Turquie et qui ne laissera personne avoir le monopole de cet amour. L'explication de cette posture est très simple et j'invite tous les curieux à (re)lire mon articulet intitulé "Chosification raciste".
C'est un démocrate en colère qui s'exprime.
Un démocrate conscient du danger qui guette quiconque se définissant, donc s'autoproclamant "démocrate". Un démocrate qui n'a ni n'aura par conséquent de cesse de réinterroger son rapport à la démocratie.
C'est en tant que citoyen et démocrate que je dis STOP. Depuis hier soir, la Turquie vit une nouvelle fois une aberration archaïque que sa lente mais nécessaire démocratisation nous permettait jusqu'ici de penser éteinte, morte, enfouie à jamais dans les méandres de l'Histoire.
À l'heure où, conformément à une procédure prévue par l'article 102 de la Constitution turque de 1982, la Grande Assemblée Nationale de Turquie (TBMM) doit/devait élire celui qui sera/était appelé à assurer la présidence de la République de Turquie durant les 7 prochaines années, les Forces Armées Turques (TSK) ont publié un communiqué qui équivaut à un semi-coup d'État.
Le summum de l'intolérable est atteint dans le passage du communiqué qui justifie a priori une intervention militaire. Quand ces chers messieurs comprendront-ils que l'armée n'a PAS à se mêler de politique ? Quand comprendront-ils qu'une telle posture est incontestablement anti-démocratique ? Plus grave encore : quand les partisans d'une telle posture dans le chef de l'armée comprendront-ils qu'ils sont, ce faisant, les "alliés de leurs propres fossoyeurs", comme dirait Kundera ?
La principale caractéristique d'une démocratie est la tenue d'élections à intervalles réguliers (et son corollaire : l'alternance du pouvoir). Quel que soit le système électoral pris en compte (majoritaire ou proportionnel), il est incontournable, dans une démocratie véritable, que le Pouvoir législatif, donc le Parlement, et lui seul, s'occupe des questions liées à la gestion politique du pays. Si un Gouvernement officie mal et ne respecte pas sa mission, deux possibilités s'offrent aux citoyens : la première est directe et consiste, lors des élections suivantes, à voter pour un autre parti que celui au pouvoir ; la seconde est indirecte et consiste, à travers les représentants de la Nation c'est-à-dire les Députés, à désavouer le Gouvernement et à emmener le pays vers des élections anticipées, cette seconde possibilité n'étant mise en oeuvre qu'en cas de crise grave.
Mais en Turquie, il existe une troisième possibilité : le coup d'État militaire. Le principe est simple : deux-trois personnes se réunissent, décident que le Gouvernement X ou Y ne leur plaît pas (ou plus), agissent comme s'ils s'exprimaient au nom de la population, et paralysent la vie politique du pays en faisant si nécessaire circuler dans les rues de la Capitale Ankara quelques chars, pour que le message soit sans équivoque. Le Gouvernement, en conséquence, tombe et de nouvelles élections ont lieu. Tout ceci dans un climat d'autolégitimation pseudo-démocratique inacceptable pour quiconque se revendiquant véritablement comme "démocrate".
Le système décrit comme "troisième possibilité" porte un nom : dictature. La société civile, les partis d'opposition, les médias, le monde académique n'existent plus.
Mais ma colère vise au moins égalitairement l'Union européenne, que je juge en partie responsable de cette nouvelle rétrogradation turque.
Le Gouvernement turc actuel, s'il n'est pas exempt de défauts, et s'il doit être critiqué comme n'importe quel gouvernement, n'en est pas moins le plus pro-européen que la Turquie moderne post-1923 ait connu, le plus courageux également en matière de droits de ses composantes minoritaires, le plus décidé en matière de démocratisation et de droits humains, le plus vaillant sur la question chypriote et sur la question arménienne. Autant de dossiers sur lesquels les tenants du nationalisme turc jouent pourtant leur va-tout pour le discréditer aux yeux de la population et pour pousser l'armée à intervenir, ce qui au passage leur permet de faire l'économie d'une réelle alternative purement politique.
Mais peu importe. Le parti qui constitue le Gouvernement turc actuel, AK Parti, serait un parti "islamiste", "islamiste modéré", "fondamentaliste", ou que sais-je. Sur base de quoi une telle affirmation, grave dans la mesure où l'accusation d'"islamisme" est devenue une véritable arme de discrédit massif ? Le passé prétendument nébuleux de certains de ses dirigeants, comme Recep Tayyip Erdoğan et Abdullah Gül. Quant au présent, rien. Mais ce n'est pas grave. Le discrédit est efficace. Emballé, c'est pesé ! À l'avenir, lorsque je parlerai du Pape Benoît XVI, je préciserai systématiquement que c'est un (ancien) "nazi", et je prends le pari que ça fera sortir de leurs gonds ceux-là mêmes qui traitent d'"islamiste" quiconque étant un peu "trop" musulman à leur goût.
Par rapport à la question de l'islam, justement, il est piquant de voir (encore faut-il vouloir le voir...) que les bien-pensants européens s'indignent à tout-va du non-respect des droits humains en Turquie, mais jamais parce que les droits des citoyens turcs de confession musulmane sont bafoués, et donc les droits de la majorité. Les États et intellectuels tiers, certains du moins, ne cessent d'agiter la menace "islamiste" alors que les musulmans de Turquie sont les premières victimes de l'autoritarisme de l'État turc.
Il n'y a rien de plus dangereux qu'un démocrate à géométrie variable, qui s'indigne lorsque l'idéologie à laquelle il adhère est fragilisée et qui se tait lorsque c'est autrui qui est victime. Finalement, disent même certains, mieux vaut l'armée que le foulard. "Deux poids, deux mesures" qui en dit long sur les intentions.
Que l'on soit de droite ou de gauche, croyant ou non-croyant, la condamnation de ce qui est en train de se passer en Turquie doit être sans appel. De même, il est primordial de soutenir le Gouvernement turc actuel dans ce difficile contexte, non pas par préférence partisane, mais parce qu'il a été élu démocratiquement et qu'il sera remplacé, s'il doit un jour être remplacé, tout aussi démocratiquement.
C'est donc un véritable test démocratique qui nous concerne tous, turcs ou non.
16:05 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : turquie, démocratie, ak parti, islam, nationalisme, recep tayyip erdogan |
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