20 décembre 2006

Discrimination positive

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La « discrimination positive » tend à la concrétisation d'une vision humainement salutaire. Cette trouvaille intellectuelle consiste à mettre en œuvre des mesures et des mécanismes qui poursuivent l'objectif de sortir certaines catégories de la population en proie à un traitement inégalitaire – qui les condamne à se balancer au bout de la chaîne socio-économique – du bourbier dans lequel elles sont empêtrées.
 
Mais l'expression semble avoir fait son temps. En effet, d'aucuns tentent, avec une assurance, un cynisme et une effronterie toujours plus inouïs, de faire croire que la discrimination positive consiste à rompre le principe d'égalité entre les individus et à systématiser des traitements asymétriques lésant les personnes exclues du bénéfice des mesures mises en place.

La polémique ne recouvrirait aucun danger, en tout cas ne motiverait nullement les quelques lignes qu’il vous est donné de lire, si celle-ci portait exclusivement sur une question de phraséologie juridico-sociale. Mais que nenni. C’est bien le principe lui-même, au-delà de l’expression qui le désigne, que des voix, mues par la malhonnêteté intellectuelle, tentent de fragiliser, faisant au passage d’une pierre deux coups, en jetant le discrédit sur le courage politique d’hommes et de femmes qui prennent à bras-le-corps certaines problématiques gangrénant notre société « civilisée ».
 
Ainsi, assiste-t-on à la multiplication des discours, tant politiques que médiatiques, attisant les jalousies mal placées et injustifiées de certaines franges de la population à l'encontre d'autres franges de la population, avec, bien sûr, les conséquences qui inévitablement en découlent : haine, racisme, xénophobie, etc. La colère sous-jacente à ces comportements déviants se traduit parfois même en actes de violence physique.

L'on ne dira pourtant jamais assez à quel point le raciste est quelqu'un qui se trompe de colère.
 
Affirmer que la discrimination positive rompt le principe d'égalité entre individus, c'est croire – lorsqu’il ne s’agit pas de tenter de faire croire – que les individus sont originellement égaux. Ainsi, n'existe-t-il plus d'enfants nés au sein de familles pauvres puisque tous les enfants naissent, comme chacun sait, au sein de familles aisées et peuvent donc bénéficier de la meilleure formation.
 
Or, il suffit d'allumer son poste de télévision, de préférence à l'heure du journal, pour constater que nous vivons dans tout sauf un monde où évoluent des personnes bénéficiant de possibilités égales. Bien au contraire. Les inégalités, toujours socio-économiques, ne sont jamais apparues de manière aussi manifeste et choquante, pour quiconque ne vit pas en dehors de la réalité.

L’omniprésence de ce modus vivendi inégalitaire s’en trouve à ce point banalisé que l’on en vient à trouver parfaitement normal que l’aisance côtoie la misère dans un enchevêtrement considéré, une promiscuité vécue bon gré mal gré comme un acquis dont l’irréversibilité n’est plus à démontrer. Glissons donc sur la vague de la répartition « naturelle » des richesses et laissons les démunis baigner dans une détresse qui, finalement, ne nous concerne et n’a pas à nous concerner. Gare à celles et ceux qui oseront se plaindre !
 
C'est précisément là qu'intervient la discrimination positive. Pour rétablir l'égalité et réduire le fossé entre les laissés-pour-compte et les nantis. Pour briser cet immobilisme humanitaire qui gangrène notre rapport à l’autre, aux autres, et nous fait oublier que nous sommes sur le même bateau.

Pour nous en convaincre, transposons le débat au niveau juridique.
 
Tous les citoyens sont égaux devant la loi (inénarrable article 10 de la Constitution). C'est une évidence. Mais une autre évidence est que tous les citoyens ne sont pas égaux, par exemple, sur les plans financier et/ou social. Ainsi, en Droit pénal, si une peine était appliquée également pour tous, l'on aboutirait à des solutions inégales c'est-à-dire inéquitables. Donc, pour rétablir l'égalité, il faut appliquer la loi en tenant compte de chaque individualité c'est-à-dire de manière inégale.
 
C'est dans cet esprit que la discrimination positive prend son sens premier, véritable : celui d’une lutte pour la dignité humaine. L’article 23 de notre Constitution, en somme.

Néanmoins, devant le constat que cette expression subit caviardages et édulcorations intempestives, et puisque la guerre des mots est une nouvelle fois de mise, je propose une expression qui traduit la même intention mais qui ne souffre aucune ambiguïté : « égalitarisation des chances ».

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